Les sons du sacré, par Jacques Deperne


« Très souvent, j’ai la nostalgie des angélus de ma campagne flamande, des sonneries pieuses se répondant de paroisse en paroisse. L’angélus sacralisait tous ces instants de la vie où l’homme éprouve la continuité du divin et du naturel.

L’Angélus, de Jean-François Millet (1857-1859)

Les souvenirs de la pratique du zen auprès du moine japonais Taïsen Deshimaru sont associés dans ma mémoire à des sons. Son du maillet qui frappe un bois en forme de poisson, son du métal à l’heure des repas, son des gongs et de la grosse cloche O bong sho qu’une longue poutre vient percuter régulièrement lors des cérémonies matinales, son des claquettes de bois à l’heure du coucher, son de la petite clochette In kin montée sur un manche qui annonce l’arrivée du maître, son du tambour taï ko posé sur un chevalet, dont les roulements font battre le coeur du temple… Au Japon, certains de ces instruments ont parfois été classés trésors nationaux. De nombreux récits de la tradition du bouddhisme zen mentionnent des expériences d’illuminations provoquées par les sons qui ponctuent les rituels, mais aussi par de simples sons de la nature comme le bruit à peine perceptible d’un petit caillou qui heurte un bambou ou le coassement d’une grenouille…

Taïko - tambours japonais



Ce n’est pas si simple d’utiliser un instrument rituel de quelque tradition que ce soit. Il y a dix mille façons de frapper deux morceaux de bois l’un contre l’autre, ou de produire un son avec une mailloche qui heurte une peau tendue ou une coupe de métal. Un son sacré doit être un son pur, sans affect, sans ego… Il doit pénétrer tout en étant imperceptible, ne pas déranger, accompagner les silences du temps de la prière et de la méditation… Les hindous disent qu’il est perçu par l’oeil du coeur.

Ce sont probablement des boudhistes tibétains qui ont introduit dans leurs rituels les sons les plus étranges : tonnerre étouffé des grandes trompes de bronze résonnant en pulsations sourdes et mystérieuses dans le fracas des cymbales, inquiétante et lancinante mélopée de trompettes fabriquées à partir d’un fémur humain, en alternance avec les hautbois au timbre strident, et, parfois, retentissant comme un appel au coeur d’un incroyable et envoûtant vacarme, la clochette, la célèbre clochette tibétaine (ghanta en sanskrit, dril bu en tibétain), symbole féminin de la Connaissance.



La pratique des mantras représente un bel exemple de l’utilisation de simples sons comme moyen d’éveil. Paradoxalement, l’éthymologie du mot mantra n’est autre que « instrument de pensée ». Mais de quelle forme de pensée s’agit-il ? D’une pensée sans pensée ? Pensée du tréfonds de la non-pensée diraient les adeptes du zen. A l’origine, il s’agit souvent d’une formule sanskrite. Les sons de la langue sanskrite sont très résonnants. Récitée pendant la méditation, pratiquée lors d’une cérémonie ou pour un acte propiatoire, le mantra permet de conjoindre, de faire coïncider, de relier, dans une infinie plénitude, l’homme, le ciel et la terre.

Sans sombrer dans un exotisme de pacotille, sans se « zennifier » et sans méditer dans la transcendance lucrative, il faut reconnaître l’inéluctable efficacité des mantras. Et peu importe leurs significations sémantiques ! Bien au-delà des mots, dans les souffles et les sons, émis sur l’expiration, associés parfois au geste du rosaire, transparaissent le coeur et l’esprit de toute forme de prière. »

Article signé Jacques Deperne, extrait de L’actualité Religieuse, mai 1997.
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